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In Memoriam

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Raphaël Crimson

Dragon
Sage de la Connaissance

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En Savoir Plus
MessageSujet: In Memoriam Sam 5 Nov - 17:21

Il faisait extrêmement froid, un vent glacial avait soufflé, nous gelions littéralement sur place, et pourtant, nous étions dehors. Nous nous jetions de la neige dans la figure et glissions des glaçons dans le cou de l’autre… Un magnifique hiver où nous en avons profité au maximum. Après tout, nous étions encore des gosses. Des gosses plus éveillés que l’on ne pourrait le penser, mais passons.

Je me souviens parfaitement que nous étions complètement trempés et qu’en rentrant dans la maison, nous avions été forcés de nous changer. Les parents n’étaient plus là depuis plusieurs heures, profitant de leurs vacances pour partir dans un pays chaud et nous laisser la maison. Pour nous rentrer du plomb dans la tête, nous faire grandir. J’aurais bien ris… Surtout lorsqu’ils nous avaient proposé de partir avec eux et que nous avons répondu en chœur un « non » retentissant. Rester seuls durant deux semaines, rien que nous deux… Le pied ! Le rêve… Enfin bref, j’étais dans la chambre de Gabriel, je le regardais se déshabiller, enlever comme un gros bourrin ses vêtements pour les jeter en boule dans un coin de la chambre.
Je me souviens m’être approché de lui, comme moi seul savais le faire, me glisser dans son dos, collant mon torse à sa peau, mes mains se mouvant contre son bas-ventre, remontant le long de ses pectoraux, effleurant ses mamelons que j’aimais maltraiter… Je me souviens l’avoir complètement déshabillé et avoir ressenti pour lui un désir plus puissant que jamais. La seule chose que mon cerveau envoyait était des mots tels que « Beau » ou « je l’aime. » Pas plus difficile…

Je me souviens que me fondre en lui fut une délivrance à elle seule. Que finalement, ma place était sans aucun doute possible, à ses côtés. Etre en lui, le posséder, était une vérité qui éclatait un peu plus dans mon corps, dans mes cellules, à chaque coup de reins. Je l’aimais et il m’autorisait à le posséder. Un jour gravé dans ma mémoire. Ses soupirs, gémissement et cris de plaisir éveillaient en moi une faim insatiable. Mon seul souhait était d’encore l’entendre gémir sous mes assauts. C’était ça, le bonheur.


- Raphaël ? Raphaël !
- …
- Raphaël…

Mon regard s’alluma et ma tête se redressa, mes yeux se figèrent dans ceux de mon vis-à-vis, avec une intensité, un reproche tel que j’en suis certain, il se sentit mal à l’aise. Je soutins ce regard plusieurs minutes, dans un silence religieux avant de faire un sourire dédaigneux et de détourner mes prunelles céruléennes vers la pièce décorée pour que chaque patient se sente à l’aise. Comme si un pot de fleur plastifiée pouvait aider les gens à se sentir mieux. Et ces dessins de gosses… Etaler aux patients le bonheur infantile de certain, vous plonger plus dans votre dépression, votre faute ou votre malheur. Et le bac à sable derrière, où l’on pouvait disposer plusieurs objets que l’on aimait. Une façon comme une autre de berner les plus jeunes et de lire dans leur esprit perturbé. J’avais rit intérieurement lorsqu’il m’avait demandé de faire cela.

« - Choisi ce que tu veux, et mets le où tu veux sur le sable !
- Je peux y allonger mon frère ? »

Ma demande n’avait pas été bien reçue, et devant mon manque évident de coopération, le pédopsychiatre s’était borné à tenter de nouer des liens, pour commencer un dialogue construit. Pour le moment cela se bornait à une conversation de sourd. Ou de muet. Au choix. A dire vrai, je n’en n’avais rien à foutre que cela soit « mal » de désirer son cousin, sa tante, un autre mec ou sa demi-sœur. Rien à faire que coucher avec mon frère de sang était « puni par la Bible. » Qu’est-ce qu’un bouquin vieux de deux millénaires pouvait connaître du plaisir charnel ! La bonne blague, la Bible a condamné Jézabel à être dévorée vive par des chiens sous prétexte qu’elle était une fausse prophétesse et qu’elle était une sorte de succube.

- Attends moi un instant tu veux ?

Qu’est-ce qu’il voulait que je dise cette pauvre tâche ? C’est ça, barre toi. Mon regard le suivit, mes yeux restèrent accrochés à la porte… Jusqu’à ce qu’il réapparaisse avec Gabriel à ces côtés. Je me tendis comme un arc, alors que mes prunelles détaillaient la scène. Gros bâtard galeux… Et mon frère qui est tout autant une pauvre tâche parce qu’il ne réagit même pas ! Je vis le psy poser sa main dans le dos de MON frère et mon sang quitta mon visage, mes mâchoires se crispèrent, limite à grincer des dents. Et d’un seul coup, la corde céda, l’arc se détendit et je fus d’un seul coup devant eux, ma main enserrant le poignet du psychologue, serrant trop fort, beaucoup trop fort pour que cela soit un simple avertissement. C’était une menace.

Andrew, l’abruti de psychologue, sourit calmement avant de s’effacer. Je crois que je viens de me faire avoir en beauté. Et pour conclure, mon autre abruti, nommé Gabriel, se foutait joyeusement de ma gueule. J’optai pour lui envoyer mon pied dans les couilles avant de remarquer l’éclat de douceur que ses yeux m’envoyaient. Bâtard…

Il passa à côté de moi, effleurant au passage mon poignet. Avant de s’affaler non sans avoir rapprocher les sièges avant. Je souris presque tendrement, sourire qui se glaça en remarquant celui d’Andrew. Il disséquait chacun de nos mouvements.

- Bien. Raphaël, es-tu enfin disposé à me parler ?
- Quoi ?! Cette grande gueule n’a encore rien dit !?
- Tu sais ce qu’elle te dit la grande gueule, enculé ?
- Elle te supplie de m’embrasser. Susurra-t-il avec un petit sourire indécent.

Hum. Oui bon. Je suis censé dire quoi là ? Rougir, lui foutre mon poing dans la face ? Ou le nier ?
Je l’embrassai, mû par cette impulsion que lui seul pouvait faire naître en moi. Un patin digne de… de… de moi. La réaction de mon aîné m’arracha un sourire de satisfaction. Et ouais connard, j’embrasse bien. Et ravale ton sourire béat, t’as l’air crétin. D’un crétin comblé.
J’avais oublié la dernière option : l’embrasser.

Le psy lui était sans voix. Je me demande si c’est voir deux ados masculins s’embrasser qui lui faisait cet effet, ou savoir que ces deux ados masculins étaient aussi des frères. De toute manière, le résultat était le même… Et si Gabriel avait oublié la présence de l’autre – faut dire que j’embrasse divinement bien, - ce n’était pas mon cas. Bha ouais, je suis plus expressif avec mon amant à côté.

****

La conclusion d’Andrew, qui finalement était parvenu à remonter dans mon estime, ne fut pas très bien accueillie par nos parents. En gros, il disait qu’il fallait nous laisser faire, que ce n’était qu’une amourette de passage, que l’on oublierait rapidement cette attirance déplacée. Qu’il fallait simplement nous faire sortir, nous faire rencontrer des filles. Que notre besoin de nous toucher résultait simplement d’une affection trop grande que nous ne savions simplement pas comment canaliser et d’une curiosité propre aux enfants. En gros, nous étions frères, et nous nous adorions. Point. Pour montrer cet amour, nous avions naïvement pensé que coucher ensemble résoudrait les problèmes, sans songer que cela en créerait d’autres.

Andrew savait pourtant très bien que rien dans notre comportement ne présageait une rupture. Il avait deviné au cours des séances que cela n’avait rien d’une amourette. Et que nous étions conscients de nos actes. Que jamais, jamais nous ne nous abandonnerions. Gabriel était tout pour moi, être avec lui, être son amant, son frère, son compagnon dans la vie, m’apparaissait comme une évidence. Et son insouciance dans la vie me poussait à rester à ses côtés pour le protéger. J’étais le cadet… Et je me sentais responsable de lui.

Nos parents ont commencé à s’engueuler. Un peu puis de plus en plus fort, jusqu’à ce manquer de respect. Les injures volaient et c’était bien pire lorsque Gabriel et moi étions ensembles. Le fait que nous pouvions nous trouver dans la même pièce leur semblait être une ignominie. Conclusion, nous étions priés de manger chacun dans notre chambre, de partir à des heures différentes de la maison… Et ils poussèrent le vice jusqu’à nous changer d’école, pour être certain que nous ne puissions plus nous voir. « Loin des yeux, loin du cœur. » Jamais proverbe ne me sembla plus faux que celui-là. Le fait est que l’éloignement était bien plus douloureux qu’autre chose et le savoir dans la chambre d’à côté n’aidait en rien. Au début, nous avons transgressé les règles. Nous étions jeunes, quoi de plus logique que de ne pas obéir ? La réaction de notre père a été terrible. Je me souviens de ce bruit de chute, une chute à glacer le sang. Un meuble qui se casse à cause d’un poids trop lourd. Le claquement d’un poing contre un corps. Un silence terrifiant avant qu’un hurlement de bête furieuse ne se fasse entendre. Gabriel.

Je délaissai mon livre de physique quantique pour débouler dans le salon. Et là, gisait le meuble éventré, des débris et échardes partout. Une trace de sang, des gouttes remontant vers mon frère qui tentait de s’acharner contre notre père. Daniel qu’il s’appelait l’enfoiré. Daniel qui avait versé le sang de la chair de sa chair. Son propre fils ! Je devins livide, pas de terreur, mais de rage. Dans un cri bestial, je sautai sur lui, histoire de me venger. Daniel tomba à terre, sur le dos, m’écrasant sous lui. Et il était lourd le vieux ! Je vous jure que j’aimais mes parents… Je les adorais… mais depuis qu’ils nous avaient découvert en train de baiser ensemble, tout avait changé. Les regards n’étaient plus les mêmes… Nous étions une honte pour eux. Et la faute en revenait à Gabriel qui soi-disant m’aurait perverti avec ses idées tordues. Il était l’ainé, il était censé montrer l’exemple. A travers la cloison, par code, il m’avait dit que Daniel pensait de plus en plus à lui faire prendre son « envol. » L’émanciper. Sauf que cela signifiait nous séparer définitivement. Et de cela, il en était hors de question, même pour Gabriel.

Tout avait dû débuter avec ça. Où à une insulte de trop, me touchant probablement. Je me devais d’être avec mon frère, même si j’étais plus jeune, même si je n’avais que quinze ans. Même si les coups que je prenais étaient cuisants. J’aurais tout fait pour protéger Gabriel. Tout, jusqu’à détruire ma propre vie. Ce jour là, je ne fus pas obligé d’en arriver jusque là, heureusement.
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